BLEU LIN

Le cabinet de curiosités
de
Bruno Groensteen

PLANTES TEXTILES
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
Année 1911
Les plantes textiles ou filamenteuses sont essentiellement cultivées pour leur fibre, mais presque toutes livrent en outre des graines huileuses. Celles de la culture annuelle exigeant pour la plupart beaucoup de main-d'oeuvre, elles conviennent surtout à la petite et à la moyenne culture. Cependant il s'était établi dans les régions linicoles des ateliers opérant industriellement la préparation de la filasse et pour lesquels on achetait les récoltes en vert ou séchées au cultivateur. Ces ateliers avaient contribué à l'extension de la culture du lin. Mais diverses causes sont venues abaisser les prix des produits à un taux qui rend leur production peu lucrative ou qui la met en perte. Elles se font vivement sentir à partir de 1865. La principale réside dans la concurrence faite aux textiles indigènes par les textiles étrangers, spécialement en ce qui concerne le lin, par les filasses importées de Russie et d'ailleurs. D'autre part, le bas prix du coton et des tissus que l'on en fabrique a étendu l'emploi de ceux-ci et on se vêtit moins d'habillements de toile. Enfin, l'industrie de la corderie travaille de grandes quantités de jute, de chanvre de Manille, d'agaves et autres matières filamenteuses d'origine exotique. A la concurrence des produits étrangers venant déprimer le prix du lin et du chanvre s'ajoute, notamment dans la Wallonie, les difficultés résultant de l'exode des ouvriers des campagnes et du fait. qu'ils se déshabituent du travail agricole. Enfin, une dernière cause à signaler comme diminuant le produit net de la culture du lin, c'est la diminution de valeur de la graine due à des importations similaires et même d'huile de lin. Quoi qu'il en soit, la réputation des lins belges conserve à leur culture un intérêt considérable et si celle du lin a disparu des situations où elle était hasardeuse, rien ne permet de préjuger que les Flandres, le Hainaut et la plaine hesbayenne ne lui réaccorderont pas plus de place dans l'avenir. En France, l'étendue consacrée à la culture du chanvre dépasse celle qui est assignée à celle du lin (elles jouissent l'une et l'autre d'une prime directe accordée par l'Etat), mais celui-ci a partout plus de valeur à l'unité de surface tant à cause de la qualité de la filasse que du prix plus élevé de la graine.

Les plantes cultivées pour leurs textiles livrent ceux-ci soit sous forme de fibres ligneuses qui sont des cellules ayant acquis une grande longueur; ces cellules se présentent en fuseaux isolés ou groupés en faisceaux dans l'écorce ou sous l'écorce de tiges lin, chanvre, jute, ramie) ou bien dans le tissu des feuilles (bananier, agave), soit  sous forme de poils se développant autour des graines (cotonnier, asclepias) ou tapissant l'intérieur du fruit (Bombax).
L'agriculture de l'Europe tempérée ne cultive que deux plantes textiles, le lin et le chanvre; dans le Midi et sous les tropiques, on connaît surtout le cotonnier, le jute, la ramie et l'agave. Nous signalerons aussi quelques autres plantes dont les produits filamenteux ont de l'importance dans les industries textiles.
Mn (Linum uitat1imum).

Le lin commun, de la famille des Linnées est une plante annuelle cultivée depuis la plus haute antiquité en Europe et en Asie. On le trouve à l'état spontané dans le midi de l'Europe et en Orient, L'historien belge Rapsaet signale l'existence de documents d'après lesquels on se livrait, en Belgique, à la culture du lin 3oo ans avant l'ère chrétienne.
Toutes les contrées d'Europe produisent le lin, à l'exception de la Turquie et de la Grèce, mais les lins belges et hollandais jouissent d'une réputation universelle. Depuis quelques années, il est fait de grands efforts aux États-Unis d'Amérique pour initier les cultivateurs aux meilleures méthodes belges sur la culture du lin et le rouissage de la filasse.

Source : Plantes de la Grande Culture par Ad. Damseaux – Namur Lambert – De Roisin, Editeur

Bleu Lin 1 Bleu Lin 2 Bleu Lin 3

Tissus de ma mémoire …
Dans un songe, prendre la plume, la tremper dans l’encre du rêve. Prendre le pinceau et dessiner des signes magiques. Prendre le pouvoir de coloriser les strophes. Capter le bleu au vol, une teinte qui se surpasse, une couleur royale - celle que l’on aime comtempler lorsque l’on lève les yeux vers l’azur ou l’infini dessus les nues.

Devant moi un océan bleu en pleine campagne. Une baie d’outre-mer pâle semée d’un soupçon de phtalocyanine. Une brise légère pousse les vagues vers la rive.
C’est un immense champ de lin bleu, d’un bleu tellement bleu que le ciel semble se contempler dans le mercure de son miroir.

Dans une baie, une herse séculaire abandonnée, un radeau démâté, échoué sur le sable, là où les coquelicots balancent leurs coiffes écarlates, là où les bleuets feignent les baines d’une côte océane.
Elle attend le passeur. Un guide pour toucher la rive lointaine qui épouse l’horizon.
L’esquif depuis longtemps n’a pris les flots. Des pièces de bois manquent à l’étrave. J’en taille une dans une branche de prunier, une autre dans la ramure d’un cerisier. Ensuite, les ajuster au frêne.

Des voiles de papiers pour écrire, des voiles de lin pour peindre. Les tendre au vent pour fuir vers l’inconnu et l’exploration de la mémoire.

Ne rien emporter. Atteindre des pays lointains aux odeurs épicées. Serrer la main des hommes bleus. Communier avec l’indigo. Manger le pain cuit sous la cendre en regardant la voûte céleste. Avoir son destin plein les yeux.

Bruno Groensteen


Tissus de ma mémoire …
In gedachten verzonken, een pen nemen, ze in de inkt van dromen dompelen. Met een penseel magische tekens toveren. Goochelen en de strofen kleuren. In de vlucht blauwe grensoverschrijdende tinten oppikken. Kijken naar de wolken, naar de lucht : koningsblauw en oneindig ver, de einder : azuurblauw; stilstaan en bewonderen.

Daar, voor mij, een blauwe oceaan op aarde. Een baai in licht overzeese watertint met een snufje phtalocyanin kobalt .Een lichte bries jaagt de golven naar de oever.

Een uitgestrekt blauw linnen veld, zo innig, alsof de hemel zich bewondert in een kwikzilverspiegel. Een eeuwenoude in de steek gelaten egge, in een baai aangestrand, als een vlot zonder mast. Daar waar de scharlaken japonnen van de klaprozen waaien en de korenbloemen op azuurblauw parelmoer uit de oceaan lijken.

Het vervallen bootje wacht op de veerman. Op de gids die het zal brengen waar de verre oever en de horizon elkaar raken.

Het vaarde sinds lang niet meer op zee. Stukken ontbreken in het houten geraamte. ? Ik maak nieuwe stukken uit pruimentakken of kerselaar. Ze slijpen, ze afvijlen, bijvijlen tot ze helemaal in elkaar passen.

Zeilen uit papier om te schrijven, zeilen uit linnen om te schilderen. Ze aan de wind blootstellen om naar het onbekende te varen, het geheugen te verkennen.
Niks meenemen. Verre landen bereiken waar geuren van kruiden en specerijen overheersen . De handen reiken aan de blauwe mannen. In harmonie zijn met het indigoblauw. Het brood delen dat onder de assen gebakken werd en de hemel bewonderen. Tenslotte, zijn lot met de sterren delen.

Bruno Groensteen